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Pensé et rédigé par Gaspard Delanoë
Longtemps je me suis demandé comment c’était,
une bite de chaman.
Est-ce que ça ressemblait
à une boîte en fer blanc affreusement scarifiée ?
A une morue gelée ?
Ou bien encore à un os de squelette peint-à-la main ?
(j’avais entendu parler de cette histoire selon laquelle Henri IV était
en réalité un chaman et que, conséquemment, il avait
cru jusqu’à l’âge de quarante ans que ce qu’il
avait entre les jambes était un os, après quoi il avait été
trucidé par un autre chaman jaloux de son pouvoir, lequel finirait
écartelé en place publique, bref... Une histoire tout juste
bonne à endormir des enfants à laquelle j’accordai un
crédit fort limité )
Quand, au détour d’une conversation,
j’appris,
quasiment par inadvertance,
que les chamans,
dans certaines steppes reculées de la post-Manchourie septentrionale
à droite au fond du couloir, avaient
toutes les peines du monde
à maîtriser leur bâton de sourcier.
(il importe peu de savoir que l’homme avec lequel je discutais est un
personnage illustre qui m’a demandé, afin de ne pas entacher
sa réputation, de taire son nom )
J’aurais pu, comme n’importe quel crétin, me laisser distraire
par la troublante homophonie sémantique sorcier-sourcier et suivre
la piste puérile qui consiste à penser que les chamans ont une
bite en forme de U, de ce U qui manque cruellement au sorcier et qui permet
au sourcier de localiser infailliblement l’endroit d’où
jailliront les flots. Mais je n’en fis rien. Je n’étais
pas aussi con que ça.
J’aurais pu également suivre le minable fil d’Ariane-la-pute
: “ sourcier-source, source-terre, terre-femme, femme-trou, trou-tombe,
tombe-résurrection, résurrection-Jésus, Jésus-Ronald
Reagan ”.
Mais je n’en fis rien. Je n’étais pas aussi con que ça.
Et puis de toute façon, Jésus n’avait pas de bite.
De là tous ses malheurs.
Non, au lieu de cela, je diligentai une rapide enquête dans les milieux
torsadés qui me permit d’apprendre avec certitude que les bâtons
de sourcier étaient toujours, toujours, tordus. Alors mon sang ne fit
qu’un tour ; mon cerveau en ébullition dégagea des vapeurs
et je me sentis comme Galilée au moment où il écrivit
la fameuse sentence :
“ Le malheur résulte
de calculs erronés ”.
Je venais de trouver le sentier lumineux, secret, oligarchique, hermétique, divin, qui reliait les bâtons de sourcier aux célèbres cigares tordus de Jacques Lacan. Cigares dont la torsion indiquait bien, à tout séminariste un tant soit peu attentionné, que l’érection n’est jamais rectiligne mais doit nécessairement aborder le virage de l’esprit avant de faire le saut de l’ange ou de la salope, autrement dit, que Jouissance sans Conscience n’est que Ruine de la Lame.
Mon affaire était faite, l’énigme dénouée,
le Sphinx asphyxié, et j’inscrivis avec mon sang, dans le vieux
grimoire d’or des pages immortelles, la formule magique du bonheur que
nul n’élude :
LA BITE DE CHAMAN SERA LACANIENNE ou ne sera pas.
Puis j’allais faire un Pac-man ©